the farewell

Tôi hay tọc mạch ngó vào những căn nhà hai bên đường, để cho cái nhìn của mình len lỏi qua khe cổng hay những mắt lưới của hàng rào. Ở lối rẽ đầu tiên trên con đường tôi đi bộ từ nhà đến trường mỗi sáng, có một căn nhà với chiếc cửa gỗ đỏ. Một dây leo mảnh dẻ độc nhất tách ra từ giàn cây bám trên bức tường bên cạnh, bò ngang mặt đất lên cánh cửa đã bạc màu. Có lẽ lối vào đó đã bị bỏ hoang từ lâu. Hoặc không còn ai sống trong căn nhà đó nữa. Dây leo ấy đã thẫm màu đỏ từ lần đầu tiên tôi gặp nó vào một ngày cuối tháng Chín. Những chiếc lá lưa thưa mong manh đến độ tôi cứ nơm nớp lo sợ rằng chỉ qua một đêm thôi chiếc dây sẽ trụi lá. Nhưng đã hai tháng trôi qua mà những chiếc lá vẫn bền bỉ trụ lại. Có những ngày tôi đi thẳng qua mà không nhìn, sợ rằng sẽ thấy không còn chiếc lá nào. Mỗi tuần, dây lá ấy lại mất đi vài chiếc. Tôi không đếm, chỉ là cảm nhận về một sự trống trải lớn dần trên mặt cửa gỗ. Chiếc dây leo ấy hiểu hơn ai hết khoảng trống trong tôi, cũng như nỗ lực uể oải để níu vào cuộc sống này đang cạn kiệt dần, dù không bao giờ tắt.

Mùa đông đang thở ra những làn hơi băng giá đầu tiên. Chỉ còn lại hai chiếc lá. Sớm thôi, tôi sẽ chuyển nhà đến một nơi khác, trước khi được thấy dây leo ấy hồi sinh.

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la vie tient à si peu de choses

J’avais envie d’un café.

J’étais en train de lire un roman sur une femme qui cherchait à mourir. Avant de se suicider, elle s’est donnée trois mois à vivre. Dans les trains.

Je lisais un passage dans lequel elle s’asseyait dans un café devant un carnet vide, en attendant son prochain train, dans une ville anonyme. Elle l’avait voulu à tout prix, ce carnet, et pourtant elle ne savait pas de quoi écrire. L’ambiance de ce café a suscité chez moi une envie subite de caffeine. La lumière chaude, les fenêtres vitrées qui donnaient sur la rue. Être à la fois avec des gens, et séparé d’eux.

Je me suis décidée à sortir pour chercher un café qui ressemblerait à celui dans le roman. J’avais un endroit en tête, mais je ne savais pas où il se situait exactement ni s’il allait me plaire.

Dans le métro, j’avais envie de poser mes lèvres sur la main d’un inconnu, puisque celle-ci, accrochée à une barre, était au niveau de ma bouche. Cela ne m’aurait pas gênée de le faire.

Il faisait froid. Gelant. Glaçant. Je n’ai pas trouvé ma destination initiale. D’ailleurs, il y avait du monde partout. Les gens joyeux et bruyants. Tout ce qui me désespérait.

J’ai fini par aller à la bibliothèque municipale, pour me réchauffer. C’était un dimanche et on y sentait une ambiance presque festive. Ici, on essaie de rendre les bibliothèques moins bibliothèque, et les musées moins musée. Mais que sont-ils au juste ?

J’ai observé des gens : le public était majoritairement enfant et famille. Je me suis rendue compte que j’étais dans l’incapacité d’imaginer autrui. Le sens de la vie des autres m’était obscure, voilée.

Je suis sortie sans savoir où aller. Finalement, me voilà. Puisque j’ai continué à avancer, je ne suis pas revenue en arrière. Peut-être la vie consiste à ça : avancer sans savoir vers où. L’importance est de maintenir ce mouvement en avant.

C’était un peu comme faire du funambulisme. Se tenir équilibre et avancer sur un fil. Si c’est vraiment le cas, la vie tient à si peu de choses.

La bibliothèque allait se fermer. Il me restait encore du temps pour trouver un café. J’en ai trouvé un encore ouvert près de mon arrêt de bus. Mais l’envie s’est évanouie. Au début, le café s’était présenté comme l’objet d’une quête. C’était ce qui m’avait embarquée dans un voyage et m’avait amenée dans des lieux. C’était pour ce café que j’avais continuer. Mais j’avais su que je n’y irais pas, et que c’était seulement un prétexte.

Il faisait déjà nuit. Je n’ai pas toujours eu mon café.

 

l’attente

J’attends mon amie à la sortie du métro. Le vent humide et légèrement glacial traverse mes cheveux. Je m’assieds sur un bord de mur et reprends ma lecture. Il s’agit d’un recueil de nouvelles de Le Clézio, mon auteur préféré. Des “faits divers” transformés en récits poétiques et brûlants sur des vies en fuite. Je m’évade tout de suite vers des terres lointaines, dénudées et abandonnées. Le temps de la lecture rallonge ainsi la “vraie” durée de mon attente.

Depuis que je suis arrivée à P., j’ai appris à lire dans n’importe quel endroit et à n’importe quel moment. Souvent, mes temps de lecture correspondaient à mes temps d’attente. Souvent, j’attendais une seule chose. Et souvent, j’attendais devant les entrées du métro. Alors, aujourd’hui, quand j’attends mon amie, je me sens emportée vers un autre espace-temps (au sens anthropologique du terme), et plus spécifiquement, vers la ville que je viens de quitter. J’ai l’impression d’attendre la même chose que j’ai attendue tant de fois là-bas. Désormais, peu importe où je suis, ce sera mon unique objet d’attente. Et je tarde à quitter le livre des yeux, à mettre fin à mon attente, afin de rester dans cet univers où ce sera toujours toi que je voir arriver lorsque je lève la tête.

le monde bidimensionnel

Les cartes ont toujours servi d’un outil d’administration. Elles relèvent donc d’un ordre hégémonique. Ce qu’elles représentent, c’est plus le regard humain qui ordonne le monde en dressant les frontières administratives et politiques, qu’une réalité géographique et sociale telle qu’elle est vécue par ceux qui habitent ces territoires.

Outil de conquête pour les uns, les cartes peuvent cependant être un support de rêverie pour les autres: elles permettent aux âmes aventureuses de s’affranchir des limites imposées par leur existence physique. Cet usage poétique et non instrumental, au final, exprime un esprit de résistance au pouvoir que les cartes cherchent à exercer en premier lieu.

– quelques réflexions à l’issue de l’exposition Toulouse en vue(s) (11/09/2015 – 10/01/2016)

rien à foutre

J’entends un chien aboyer. Mais il n’aboie pas comme un chien. Le son me semble “faux”, comme si produit par un être humain. Et pourtant, il est indéniablement un chien. Son discours confirme ce fait (puisqu’il aboie), et en même temps, l’infirme (puisque l’aboiement est invraisemblable). Mais qui suis-je pour nier son identité de chien? Quelle légitimité ai-je pour juger sa production orale inauthentique? Lui seul peut assumer d’être ou de ne pas être un chien. Il n’a pas besoin de ma reconnaissance. Cet instant de doute montre à quel point ma perception du monde est anthropocentrique. Merci chien, même si t’en as rien à foutre.

sombre

J’ai envie soudain de m’enfermer dans la cave, même si elle évoque une ambiance de thriller, puisque je n’aime pas la lumière et je me sens en sécurité là où elle n’atteint pas. La douceur de l’ombre atténue l’acuité de la lumière. On dit que les plantes tendent vers la lumière car elle apporte la vie, pourquoi ne demande-t-on pas ce qu’elles font dans la nuit? Leur vie n’arrête certainement pas lorsque le soleil se retire. Et puis, au-dessous des arbres, c’est l’obscurité qui règne. Là où on cherche refuge.