the salvation

A magpie walks on a balcony railing on fifth floor. Then it flies to a tree from the garden below. When it sets off, it just lets itself drop into the air. It gets absorbed into the leafy branches, then all of a sudden the bird spreads its wings and soars up to the top of the tree. The whole scene happens within a second. Then I think that is how I would like to kill myself. A suicide that does not end with death. Because I do not want to live until I cannot. And so I have to do it; I have to set out to die in order to regret it. But as soon as I embark on the journey towards death, right when I leave the wall, the balcony, the window, the rooftop, or whatever it is that still keeps me alive, a pair of wings will be released from my body and bring me back.

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le monde bidimensionnel

Les cartes ont toujours servi d’un outil d’administration. Elles relèvent donc d’un ordre hégémonique. Ce qu’elles représentent, c’est plus le regard humain qui ordonne le monde en dressant les frontières administratives et politiques, qu’une réalité géographique et sociale telle qu’elle est vécue par ceux qui habitent ces territoires.

Outil de conquête pour les uns, les cartes peuvent cependant être un support de rêverie pour les autres: elles permettent aux âmes aventureuses de s’affranchir des limites imposées par leur existence physique. Cet usage poétique et non instrumental, au final, exprime un esprit de résistance au pouvoir que les cartes cherchent à exercer en premier lieu.

– quelques réflexions à l’issue de l’exposition Toulouse en vue(s) (11/09/2015 – 10/01/2016)

rien à foutre

J’entends un chien aboyer. Mais il n’aboie pas comme un chien. Le son me semble “faux”, comme si produit par un être humain. Et pourtant, il est indéniablement un chien. Son discours confirme ce fait (puisqu’il aboie), et en même temps, l’infirme (puisque l’aboiement est invraisemblable). Mais qui suis-je pour nier son identité de chien? Quelle légitimité ai-je pour juger sa production orale inauthentique? Lui seul peut assumer d’être ou de ne pas être un chien. Il n’a pas besoin de ma reconnaissance. Cet instant de doute montre à quel point ma perception du monde est anthropocentrique. Merci chien, même si t’en as rien à foutre.

sombre

J’ai envie soudain de m’enfermer dans la cave, même si elle évoque une ambiance de thriller, puisque je n’aime pas la lumière et je me sens en sécurité là où elle n’atteint pas. La douceur de l’ombre atténue l’acuité de la lumière. On dit que les plantes tendent vers la lumière car elle apporte la vie, pourquoi ne demande-t-on pas ce qu’elles font dans la nuit? Leur vie n’arrête certainement pas lorsque le soleil se retire. Et puis, au-dessous des arbres, c’est l’obscurité qui règne. Là où on cherche refuge.

gone girl

“What if you woke up one day to find out that I had completely disappeared? What would you do?”

As I asked my friend the question, I visioned the scenario in my head. Somehow, it thrilled me. By disappearing, I did not mean to hurt those who were left behind, or to provoke a search. Nor was it to run away from something. The message was not “Find me”. There was no message. Going missing just for the sake of it.

Then I realized that if we really wanted to vanish – to erase our existence, to fade into oblivion – we could totally do that. But we would need a strong motive that pushes us to that point of extremeness. Because, if not, then who would want to live in utter loneliness? To what extent can we endure an absolutely solitary life – with no occasional concession – or renounce to the need of company, and, ultimately, of existing in someone else’s eyes?

enquête de l’été

J’y suis descendue complètement par hasard, c’est-à-dire je ne l’ai pas cherché. J’étais en train de traverser le pont pour prendre un vélo sur l’autre rive puis rentrer chez moi. Elle avait un nom charmant, cette allée. Je me suis demandé si elle portait une histoire. Pourquoi elle a été nommée ainsi. Peut-être c’était un choix arbitraire, et il n’y avait pas de raison. Même s’il y en avait une, elle ne serait qu’un récit inventé par une poignée d’hommes dotés d’une sorte d’autorité qui leur avait permis d’écrire l’Histoire. Autrement, il n’y aurait pas forcément un lien naturel entre le nom d’un lieu et son caractère géographique/social.

Un panneau d’information était placé à l’entrée de la promenade, comme dans tous les sites publics de cette ville, esquissant un portrait du lieu. Il semblait connaître une grande diversité botanique. Et comme si pour expliciter/persuader le visiteur de cette information, des plaquettes étaient attachées aux balustrades à deux côtés de l’allée, mince bande de terre tracée au milieu du fleuve, indiquant les noms des arbres. J’y ai trouvé presque tous les arbres urbains, au moins ceux que j’avais le plus souvent rencontrés. Frêne. Hêtre. Maronnier. Peuplier (qui apprécie la proximité de l’eau). Érable (j’ai pensé au sirop). Noisettier. Chêne. Tilleul (qui renferme plusieurs variétés dont les feuilles ont des formes différentes). Etc. (je vais y retourner pour une enquête plus minutieuse).

Certaines parties de l’allée étaient plus ombragées, là où le feuillage était plus épais, comme une ombrelle. La plupart des bancs au bois placés à deux côtés de l’allée et tournés vers le fleuve étaient occupés, sauf ceux dont la vue était cachée par les arbres dont les branches touffues s’inclinaient sur l’eau. La balustrade fragile à la peinture écaillée m’invitait à me jeter dans l’eau. J’ai considéré le scénario en une seconde. Et si je le faisais vraiment? Cela m’était égal. Dans cet instant-là, ma vie me semblait tellement légère que rien ne me retenait.

J’ai trouvé un savonnier dans un coin formé par le pied imposant et ornée d’un vieux pont. Il s’agit de l’arbre dont le fruit a la forme d’une capsule qui renferme une graine; dans mon vocabulaire: une lanterne-coeur, puisqu’elle va se rougir en hiver. Nous avions repéré plein de savonniers dans la ville — au Jardin des plantes, à côté du pont Sully — mais celui-là, il était uniquement à moi. J’allais lui confier les mots que je ne pouvais pas te dire, l’abîme que je te cachais, les blessures dont je voulais t’épargner, la tendresse que je souhaiterais te montrer, et la nostalgie que j’anticipais. Il serait mon secret, ma lettre jamais envoyée, notre rendez-vous pas encore donné. Peut-être, un jour, le hasard t’y amènerai aussi.