Category Archives: Français

northern pines and southern sky

j’ai écrit, “et j’irais rêver de toi sous l’ombre des sapins”
mais même les sapins ne sont plus là pour entendre mes soupirs
alors j’irais rêver de l’ombre des sapins sous le ciel bleu azur
tout est si loin.

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l’attente

J’attends mon amie à la sortie du métro. Le vent humide et légèrement glacial traverse mes cheveux. Je m’assieds sur un bord de mur et reprends ma lecture. Il s’agit d’un recueil de nouvelles de Le Clézio, mon auteur préféré. Des “faits divers” transformés en récits poétiques et brûlants sur des vies en fuite. Je m’évade tout de suite vers des terres lointaines, dénudées et abandonnées. Le temps de la lecture rallonge ainsi la “vraie” durée de mon attente.

Depuis que je suis arrivée à P., j’ai appris à lire dans n’importe quel endroit et à n’importe quel moment. Souvent, mes temps de lecture correspondaient à mes temps d’attente. Souvent, j’attendais une seule chose. Et souvent, j’attendais devant les entrées du métro. Alors, aujourd’hui, quand j’attends mon amie, je me sens emportée vers un autre espace-temps (au sens anthropologique du terme), et plus spécifiquement, vers la ville que je viens de quitter. J’ai l’impression d’attendre la même chose que j’ai attendue tant de fois là-bas. Désormais, peu importe où je suis, ce sera mon unique objet d’attente. Et je tarde à quitter le livre des yeux, à mettre fin à mon attente, afin de rester dans cet univers où ce sera toujours toi que je voir arriver lorsque je lève la tête.

le monde bidimensionnel

Les cartes ont toujours servi d’un outil d’administration. Elles relèvent donc d’un ordre hégémonique. Ce qu’elles représentent, c’est plus le regard humain qui ordonne le monde en dressant les frontières administratives et politiques, qu’une réalité géographique et sociale telle qu’elle est vécue par ceux qui habitent ces territoires.

Outil de conquête pour les uns, les cartes peuvent cependant être un support de rêverie pour les autres: elles permettent aux âmes aventureuses de s’affranchir des limites imposées par leur existence physique. Cet usage poétique et non instrumental, au final, exprime un esprit de résistance au pouvoir que les cartes cherchent à exercer en premier lieu.

– quelques réflexions à l’issue de l’exposition Toulouse en vue(s) (11/09/2015 – 10/01/2016)

rien à foutre

J’entends un chien aboyer. Mais il n’aboie pas comme un chien. Le son me semble “faux”, comme si produit par un être humain. Et pourtant, il est indéniablement un chien. Son discours confirme ce fait (puisqu’il aboie), et en même temps, l’infirme (puisque l’aboiement est invraisemblable). Mais qui suis-je pour nier son identité de chien? Quelle légitimité ai-je pour juger sa production orale inauthentique? Lui seul peut assumer d’être ou de ne pas être un chien. Il n’a pas besoin de ma reconnaissance. Cet instant de doute montre à quel point ma perception du monde est anthropocentrique. Merci chien, même si t’en as rien à foutre.

sombre

J’ai envie soudain de m’enfermer dans la cave, même si elle évoque une ambiance de thriller, puisque je n’aime pas la lumière et je me sens en sécurité là où elle n’atteint pas. La douceur de l’ombre atténue l’acuité de la lumière. On dit que les plantes tendent vers la lumière car elle apporte la vie, pourquoi ne demande-t-on pas ce qu’elles font dans la nuit? Leur vie n’arrête certainement pas lorsque le soleil se retire. Et puis, au-dessous des arbres, c’est l’obscurité qui règne. Là où on cherche refuge.

enquête de l’été

J’y suis descendue complètement par hasard, c’est-à-dire je ne l’ai pas cherché. J’étais en train de traverser le pont pour prendre un vélo sur l’autre rive puis rentrer chez moi. Elle avait un nom charmant, cette allée. Je me suis demandé si elle portait une histoire. Pourquoi elle a été nommée ainsi. Peut-être c’était un choix arbitraire, et il n’y avait pas de raison. Même s’il y en avait une, elle ne serait qu’un récit inventé par une poignée d’hommes dotés d’une sorte d’autorité qui leur avait permis d’écrire l’Histoire. Autrement, il n’y aurait pas forcément un lien naturel entre le nom d’un lieu et son caractère géographique/social.

Un panneau d’information était placé à l’entrée de la promenade, comme dans tous les sites publics de cette ville, esquissant un portrait du lieu. Il semblait connaître une grande diversité botanique. Et comme si pour expliciter/persuader le visiteur de cette information, des plaquettes étaient attachées aux balustrades à deux côtés de l’allée, mince bande de terre tracée au milieu du fleuve, indiquant les noms des arbres. J’y ai trouvé presque tous les arbres urbains, au moins ceux que j’avais le plus souvent rencontrés. Frêne. Hêtre. Maronnier. Peuplier (qui apprécie la proximité de l’eau). Érable (j’ai pensé au sirop). Noisettier. Chêne. Tilleul (qui renferme plusieurs variétés dont les feuilles ont des formes différentes). Etc. (je vais y retourner pour une enquête plus minutieuse).

Certaines parties de l’allée étaient plus ombragées, là où le feuillage était plus épais, comme une ombrelle. La plupart des bancs au bois placés à deux côtés de l’allée et tournés vers le fleuve étaient occupés, sauf ceux dont la vue était cachée par les arbres dont les branches touffues s’inclinaient sur l’eau. La balustrade fragile à la peinture écaillée m’invitait à me jeter dans l’eau. J’ai considéré le scénario en une seconde. Et si je le faisais vraiment? Cela m’était égal. Dans cet instant-là, ma vie me semblait tellement légère que rien ne me retenait.

J’ai trouvé un savonnier dans un coin formé par le pied imposant et ornée d’un vieux pont. Il s’agit de l’arbre dont le fruit a la forme d’une capsule qui renferme une graine; dans mon vocabulaire: une lanterne-coeur, puisqu’elle va se rougir en hiver. Nous avions repéré plein de savonniers dans la ville — au Jardin des plantes, à côté du pont Sully — mais celui-là, il était uniquement à moi. J’allais lui confier les mots que je ne pouvais pas te dire, l’abîme que je te cachais, les blessures dont je voulais t’épargner, la tendresse que je souhaiterais te montrer, et la nostalgie que j’anticipais. Il serait mon secret, ma lettre jamais envoyée, notre rendez-vous pas encore donné. Peut-être, un jour, le hasard t’y amènerai aussi.