Category Archives: Flânerie

missing territories

I remain attached to all the cities and neighbourhoods in which I have lived, no matter how briefly. The need for sedentary attachment to the land (la terre), in the end, still conquers the eagerness for nomadism. Sometimes I picture myself at a specific moment and a specific location in my previous life, and the physicality of both the geographical place and of the senses (the light, the temperature, the smells, the textures, the design of the surrounding space) are very much present in shaping my memories.

I remember the late-night cycling into the thickening darkness of the narrow and perfectly straight roads of the Netherlands: the feeling that this was both the ultimate escape and the destination for my endless search of a place to belong, that infinity could somehow be reached merely by keeping the bike wheels turning.

In moving from places to places, from one (micro-)cultural world to another, one network of people to another, – in living in transition –, I feel like having drawn for my life an utterly individual trajectory that resists any attempt to ‘share’. I take no pleasure in this singularity. I used to think home is wherever you are with your loved ones. But what of my other homes, which are nothing more to them but strange names and forgettable stories? I happen to think that home is also nostalgia for a familiar elsewhere; it is longing for the all the places to which you were once attached, and from which you were parted. If so, then I might never be home.

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nulle part

En cet instant précis, et dans ce car roulant sur l’autoroute, je ne me sens appartenir à nulle part. Je suis incapable de fixer mon esprit à un lieu défini. J’ai envie que la ville que je viens de quitter me manque ; peut-être me manque-t-elle vraiment, au fond, mais je suis devenue si accoutumée aux adieux et à la séparation pour laisser la mélancolie s’emparer de moi de nouveau. Au fait, je n’ai aucune nostalgie ni aucun désir pour un endroit spécifique. Plutôt qu’un vide, il s’agit d’un sentiment d’entre-deux qui, malgré sa nature indéterminée, se concrétise. Plutôt que la tristesse, il s’agit simplement de la pesanteur – une pesanteur du rien, et dans le rien il y a tout ce qui résiste au moulage de la langue, qui existe au seuil de la vie, en quête d’une forme jamais à être trouvée, comme une destination jamais atteinte.

the farewell

Tôi hay tọc mạch ngó vào những căn nhà hai bên đường, để cho cái nhìn của mình len lỏi qua khe cổng hay những mắt lưới của hàng rào. Ở lối rẽ đầu tiên trên con đường tôi đi bộ từ nhà đến trường mỗi sáng, có một căn nhà với chiếc cửa gỗ đỏ. Một dây leo mảnh dẻ độc nhất tách ra từ giàn cây bám trên bức tường bên cạnh, bò ngang mặt đất lên cánh cửa đã bạc màu. Có lẽ lối vào đó đã bị bỏ hoang từ lâu. Hoặc không còn ai sống trong căn nhà đó nữa. Dây leo ấy đã thẫm màu đỏ từ lần đầu tiên tôi gặp nó vào một ngày cuối tháng Chín. Những chiếc lá lưa thưa mong manh đến độ tôi cứ nơm nớp lo sợ rằng chỉ qua một đêm thôi chiếc dây sẽ trụi lá. Nhưng đã hai tháng trôi qua mà những chiếc lá vẫn bền bỉ trụ lại. Có những ngày tôi đi thẳng qua mà không nhìn, sợ rằng sẽ thấy không còn chiếc lá nào. Mỗi tuần, dây lá ấy lại mất đi vài chiếc. Tôi không đếm, chỉ là cảm nhận về một sự trống trải lớn dần trên mặt cửa gỗ. Chiếc dây leo ấy hiểu hơn ai hết khoảng trống trong tôi, cũng như nỗ lực uể oải để níu vào cuộc sống này đang cạn kiệt dần, dù không bao giờ tắt.

Mùa đông đang thở ra những làn hơi băng giá đầu tiên. Chỉ còn lại hai chiếc lá. Sớm thôi, tôi sẽ chuyển nhà đến một nơi khác, trước khi được thấy dây leo ấy hồi sinh.

la vie tient à si peu de choses

J’avais envie d’un café.

J’étais en train de lire un roman sur une femme qui cherchait à mourir. Avant de se suicider, elle s’est donnée trois mois à vivre. Dans les trains.

Je lisais un passage dans lequel elle s’asseyait dans un café devant un carnet vide, en attendant son prochain train, dans une ville anonyme. Elle l’avait voulu à tout prix, ce carnet, et pourtant elle ne savait pas de quoi écrire. L’ambiance de ce café a suscité chez moi une envie subite de caffeine. La lumière chaude, les fenêtres vitrées qui donnaient sur la rue. Être à la fois avec des gens, et séparé d’eux.

Je me suis décidée à sortir pour chercher un café qui ressemblerait à celui dans le roman. J’avais un endroit en tête, mais je ne savais pas où il se situait exactement ni s’il allait me plaire.

Dans le métro, j’avais envie de poser mes lèvres sur la main d’un inconnu, puisque celle-ci, accrochée à une barre, était au niveau de ma bouche. Cela ne m’aurait pas gênée de le faire.

Il faisait froid. Gelant. Glaçant. Je n’ai pas trouvé ma destination initiale. D’ailleurs, il y avait du monde partout. Les gens joyeux et bruyants. Tout ce qui me désespérait.

J’ai fini par aller à la bibliothèque municipale, pour me réchauffer. C’était un dimanche et on y sentait une ambiance presque festive. Ici, on essaie de rendre les bibliothèques moins bibliothèque, et les musées moins musée. Mais que sont-ils au juste ?

J’ai observé des gens : le public était majoritairement enfant et famille. Je me suis rendue compte que j’étais dans l’incapacité d’imaginer autrui. Le sens de la vie des autres m’était obscure, voilée.

Je suis sortie sans savoir où aller. Finalement, me voilà. Puisque j’ai continué à avancer, je ne suis pas revenue en arrière. Peut-être la vie consiste à ça : avancer sans savoir vers où. L’importance est de maintenir ce mouvement en avant.

C’était un peu comme faire du funambulisme. Se tenir équilibre et avancer sur un fil. Si c’est vraiment le cas, la vie tient à si peu de choses.

La bibliothèque allait se fermer. Il me restait encore du temps pour trouver un café. J’en ai trouvé un encore ouvert près de mon arrêt de bus. Mais l’envie s’est évanouie. Au début, le café s’était présenté comme l’objet d’une quête. C’était ce qui m’avait embarquée dans un voyage et m’avait amenée dans des lieux. C’était pour ce café que j’avais continuer. Mais j’avais su que je n’y irais pas, et que c’était seulement un prétexte.

Il faisait déjà nuit. Je n’ai pas toujours eu mon café.

 

enquête de l’été

J’y suis descendue complètement par hasard, c’est-à-dire je ne l’ai pas cherché. J’étais en train de traverser le pont pour prendre un vélo sur l’autre rive puis rentrer chez moi. Elle avait un nom charmant, cette allée. Je me suis demandé si elle portait une histoire. Pourquoi elle a été nommée ainsi. Peut-être c’était un choix arbitraire, et il n’y avait pas de raison. Même s’il y en avait une, elle ne serait qu’un récit inventé par une poignée d’hommes dotés d’une sorte d’autorité qui leur avait permis d’écrire l’Histoire. Autrement, il n’y aurait pas forcément un lien naturel entre le nom d’un lieu et son caractère géographique/social.

Un panneau d’information était placé à l’entrée de la promenade, comme dans tous les sites publics de cette ville, esquissant un portrait du lieu. Il semblait connaître une grande diversité botanique. Et comme si pour expliciter/persuader le visiteur de cette information, des plaquettes étaient attachées aux balustrades à deux côtés de l’allée, mince bande de terre tracée au milieu du fleuve, indiquant les noms des arbres. J’y ai trouvé presque tous les arbres urbains, au moins ceux que j’avais le plus souvent rencontrés. Frêne. Hêtre. Maronnier. Peuplier (qui apprécie la proximité de l’eau). Érable (j’ai pensé au sirop). Noisettier. Chêne. Tilleul (qui renferme plusieurs variétés dont les feuilles ont des formes différentes). Etc. (je vais y retourner pour une enquête plus minutieuse).

Certaines parties de l’allée étaient plus ombragées, là où le feuillage était plus épais, comme une ombrelle. La plupart des bancs au bois placés à deux côtés de l’allée et tournés vers le fleuve étaient occupés, sauf ceux dont la vue était cachée par les arbres dont les branches touffues s’inclinaient sur l’eau. La balustrade fragile à la peinture écaillée m’invitait à me jeter dans l’eau. J’ai considéré le scénario en une seconde. Et si je le faisais vraiment? Cela m’était égal. Dans cet instant-là, ma vie me semblait tellement légère que rien ne me retenait.

J’ai trouvé un savonnier dans un coin formé par le pied imposant et ornée d’un vieux pont. Il s’agit de l’arbre dont le fruit a la forme d’une capsule qui renferme une graine; dans mon vocabulaire: une lanterne-coeur, puisqu’elle va se rougir en hiver. Nous avions repéré plein de savonniers dans la ville — au Jardin des plantes, à côté du pont Sully — mais celui-là, il était uniquement à moi. J’allais lui confier les mots que je ne pouvais pas te dire, l’abîme que je te cachais, les blessures dont je voulais t’épargner, la tendresse que je souhaiterais te montrer, et la nostalgie que j’anticipais. Il serait mon secret, ma lettre jamais envoyée, notre rendez-vous pas encore donné. Peut-être, un jour, le hasard t’y amènerai aussi.

la fuite

J’utilise un ticket de métro comme marque-page pour le petit roman de Mondiano que je suis en train de lire. Il s’agit d’un “récit d’enquête” – terme utilisé par une amie à moi quand elle me parlait de Mondiano – raconté par plusieurs témoins, dans un langage qui semble si simple et ordinaire, et pourtant chaque mot y est choisi avec beaucoup de justesse. C’est aussi un roman sur Paris, un Paris tel que j’aurais aimé connaître, un Paris qui pourrait très bien être n’importe quelle autre ville, un Paris inscrit dans la mémoire collective de ses habitants de la même manière que les noms des stations de métro. Mais si je dois le décrire en un mot, je dirais: un roman sur la Fuite. Je retrouve dans ce récit ma relation avec les lieux. “Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais”. Cet été, je m’engage moi aussi dans une fuite. J’ai “coupé les ponts”, comme disais Louki, ou Jacqueline, la fugueuse dans le roman. Quand je pense à mes anciens amis, et le fait qu’ils n’ont aucune idée d’où je suis en ce moment, j’ai l’impression de disparaître, d’être effacée de leurs vies. Mes seules traces, ce sont des tickets de métro, qui n’offrent aucune indication géographique ou temporelle sur mes trajets, et surtout, qui ne sont pas nominatifs.

Depuis quelque temps, je suis attirée par l’idée de l’anonymat. Comme rendre les lieux anonymes. Comment ne pas révéler les traces de sa vie. D’abord il faut couper les liens avec des gens, ne plus leur communiquer. Quand l’on cesser d’exister socialement, on n’existera plus du tout, au moins pour les autres. Ensuite, il faut commettre un suicide numérique, ou virtuel, c’est-à-dire s’abstenir de diffuser sa vie personnelle en temps réel pour ne pas se soumettre à la surveillance continue effectuée par la fonction de localisation entre autres. Mais au final, je n’arrive pas à disparaître complètement. Il arrive toujours un moment où je révèle, soir par accident, soit volontairement, quelques détails sur ma vie. Des fois, cela apporte un sentiment de légèreté, d’alléger le fardeau du secret, de ne plus avoir à se cacher et à rester solitaire. Je me demande si au fond, tout fugueur ne souhaite d’être trouvé.