Monthly Archives: June 2018

Rapport de stage (1)

Journal de bord – Semaine 2

Chaque journée démarre par une réunion, ou plutôt, deux : celle de l’équipe artistique, suivie de celle de l’équipe globale. Les réunions durent environ de 2 à 3 heures, c’est-à-dire toute la matinée, à l’issue desquelles on remplit l’agenda (imprimé en grand format et collé au mur du bureau) par les post-it “à faire” sans vraiment prendre aucune décision. Tout est soumis à la concertation et à la décision collective de l’équipe organisatrice composée de 4 salariés et de 3 personnes en service civique, autrement dénommées “volontaires”.

Lors de la semaine précédant la soirée d’ouverture du festival, la question la plus urgente et inlassablement débattue concerne la vente de crêpes. Celle-ci se décline en plusieurs problématiques : la recette, les prix, le choix entre sucré et salé – ou plus exactement “la problématique de passer du sucré au salé”, puisque l’association ne dispose que d’une crêpière. En effet, certains membres craignent que les garnitures pour le salé, tel que le fromage, se mêlent à celles pour le sucré et altèrent son goût.

Au début de chaque réunion, la chargée de communication propose (ou impose gentiment) à l’équipe de faire un tour de table “météo”, qui consiste à parler de son état âme, son humeur, son “climat intérieur” de la journée. L’exercice est assez gênant, mais tout le monde y adhère quand même, dans une ambiance bienveillante d’écoute et de compréhension. La plupart constate simplement que “ça va” avec une légère autodérision pour cacher son embarras, ce qui suscite la critique de la maître du jeu qui considère ce moment comme un exercice d’expression de soi et exige aux autres de le prendre au sérieux. D’autres n’hésitent pas à évoquer les épreuves de leurs vies personnelles (rendu de mémoire, décès d’une proche) ; ces confidences sont systématiquement accueillies avec la plus profonde empathie de toute l’équipe, alors réunie par un sentiment d’intimité et de communion d’ordre rituel. La réunion se transforme ainsi en une session de groupe de parole, ce qui peut s’avérer être une solution plus économique pour l’argent public en matière de traitement des troubles de l’humeur en milieu professionnel.

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