Monthly Archives: August 2017

L’attente

J’attends mon amie à la sortie du métro. Le vent humide et légèrement glacial traverse mes cheveux. Je m’assieds sur un bord de mur et reprends ma lecture. Il s’agit d’un recueil de nouvelles de Le Clézio, mon auteur préféré. Des “faits divers” transformés en récits poétiques et brûlants sur des vies en fuite. Je m’évade tout de suite vers des terres lointaines, dénudées et abandonnées. Le temps de la lecture rallonge ainsi la “vraie” durée de mon attente.

Depuis que je suis arrivée à P., j’ai appris à lire dans n’importe quel endroit et à n’importe quel moment. Souvent, mes temps de lecture correspondaient à mes temps d’attente. Souvent, j’attendais une seule chose. Et souvent, j’attendais devant les entrées du métro. Alors, aujourd’hui, quand j’attends mon amie, je me sens emportée vers un autre espace-temps (au sens anthropologique du terme), et plus spécifiquement, vers la ville que je viens de quitter. J’ai l’impression d’attendre la même chose que j’ai attendue tant de fois là-bas. Désormais, peu importe où je suis, ce sera mon unique objet d’attente. Et je tarde à quitter le livre des yeux, à mettre fin à mon attente, afin de rester dans cet univers où ce sera toujours toi que je voir arriver lorsque je lève la tête.

Advertisements

Le monde bidimensionnel

Les cartes ont toujours servi d’un outil d’administration. Elles relèvent donc d’un ordre hégémonique. Ce qu’elles représentent, c’est plus le regard humain qui ordonne le monde en dressant les frontières administratives et politiques, qu’une réalité géographique et sociale telle qu’elle est vécue par ceux qui habitent ces territoires.

Outil de conquête pour les uns, les cartes peuvent cependant être un support de rêverie pour les autres: elles permettent aux âmes aventureuses de s’affranchir des limites imposées par leur existence physique. Cet usage poétique et non instrumental, au final, exprime un esprit de résistance au pouvoir que les cartes cherchent à exercer en premier lieu.

– quelques réflexions à l’issue de l’exposition Toulouse en vue(s) (11/09/2015 – 10/01/2016)

Rien à foutre

J’entends un chien aboyer. Mais il n’aboie pas comme un chien. Le son me semble “faux”, comme si produit par un être humain. Et pourtant, il est indéniablement un chien. Son discours confirme ce fait (puisqu’il aboie), et en même temps, l’infirme (puisque l’aboiement est invraisemblable). Mais qui suis-je pour nier son identité de chien? Quelle légitimité ai-je pour juger sa production orale inauthentique? Lui seul peut assumer d’être ou de ne pas être un chien. Il n’a pas besoin de ma reconnaissance. Cet instant de doute montre à quel point ma perception du monde est anthropocentrique. Merci chien, même si t’en as rien à foutre.

Sombre

J’ai soudain envie de m’enfermer dans la cave, même si elle évoque une ambiance de thriller, puisque je n’aime pas la lumière et je me sens en sécurité là où elle n’atteint pas. La douceur de l’ombre atténue l’acuité de la lumière. On dit que les plantes tendent vers la lumière car elle apporte la vie, pourquoi ne demande-t-on pas ce qu’elles font dans la nuit? Leur vie n’arrête certainement pas lorsque le soleil se retire. Et puis, au-dessous des arbres, c’est l’obscurité qui règne. Là où on cherche refuge.

Gone girl

“What if you woke up one day to find out that I had completely disappeared? What would you do?”

As I asked my friend the question, I visioned the scenario in my head. Somehow, it thrilled me. By disappearing, I did not mean to hurt those who were left behind, or to provoke a search. Nor was it to run away from something. The message was not “Find me”. There was no message. Going missing just for the sake of it.

Then I realized that if we really wanted to vanish – to erase our existence, to fade into oblivion – we could totally do that. But we would need a strong motive that pushes us to that point of extremeness. Because, if not, then who would want to live in utter loneliness? To what extent can we endure an absolutely solitary life – with no occasional concession – or renounce to the need of company, and, ultimately, of existing in someone else’s eyes?