Monthly Archives: July 2015

La detox mentale

Depuis l’arrivée de l’été, je croise souvent le mot “detox”. Il semble pouvoir s’appliquer à toute situation. Peut-être parce que c’est la saison, et que c’est un peu à la mode, cette pratique alimentaire visant le bien-être physique et mental, mais qui est, à mes yeux et sans généraliser, aussi consommatrice qu’un voyage évasif flirtant avec les îles tropicales paradisiaques.

Comme toute cible de la communication indifférenciée des médias de masse (autre façon de dire que je lis consciencieusement le quotidien gratuit distribué à l’entrée des métros pour m’équiper des références culturelles communes et me former à être citoyen éclairé du monde civilisé), je ne m’échappe pas à la tendance. Mon cerveau est intoxiqué de la detox. A tel point que je vois dans la lecture une qualité détoxifiante importante. En effet, la lecture ne purifie-t-elle pas l’esprit et le coeur? C’est un repas fait maison, cuisiné avec soin et patience et que l’on savoure doucement, contrairement aux contenus fast-food sur les réseaux sociaux.

Mon livre préféré de tout temps est L’ami retrouvé de Fred Uhlman (Reunion en anglais, version originale). Jamais dans ma vie ai-je lu et lirai je une histoire sur la Seconde Guerre, le Troisième Reich et le Shoah racontée avec tant de tendresse et de poésie. De plus, c’est un roman plutôt court, un novella, écrit avec beaucoup de simplicité sans manquer d’intensité et de descriptions très justes et détaillées. L’auteur est un peintre ; j’ai l’impression qu’il n’a pas écrit cette histoire, mais l’a tracée par un pinceaux.

La relecture de ce petit roman m’a ramené à la vie. Puis, il y a une semaine, j’ai trouvé un autre roman du même auteur, qui raconte la même histoire mais sous le point de vue d’un autre personnage – l’ami du protagoniste. Mon bonheur est complet. C’est mon “ami retrouvé”.

Cette retrouvailles fortuite me conduit à penser que les livres sont comme des amis. Certains te rendent accroché, d’autres refusent de te laisser entrer, ou c’est toi qui refuses de les appréhender. Et c’est souvent par destin que tu rencontres tes livres préférés, les meilleurs selon toi, qui deviennent tes compagnons d’âmes. Les voilà dans une librairie, perdus au milieu de mille autre livres, peut-être plus prestigieux, plus appréciés, mais toi, par ta sensibilité et l’intuition d’un lien prédestiné, tu vas tout de suite repérer ceux-là et eux seuls, comme s’ils t’attendent depuis toujours, comme si c’est pour toi qu’ils sont là, à ce moment-là, et que ce sentiment est réciproque. Tu vas t’abreuver de leurs mots, non de manière consommatrice, mais à la manière d’une terre desséchée qui se réjouit de l’arrivée d’un ruisseau à l’eau saine et rafraîchissante. Ces livres sont des perles rares qui n’ont de valeur qu’à tes yeux, comme tes amis les plus chers. T’as l’impression d’être le seul à voir leur beauté, et parfois tu te sens frustrée de ne pas pouvoir la faire comprendre aux autres. Mais en même temps, tu te rends compte que peut-être ta présence dans ce monde est vouée à quelque chose, et que finalement tu n’es pas ici pour rien, puisque t’as été trouvé par eux et que sans toi, ils ne seraient pas trouvés eux non plus.

Fred Uhlman arrache mes défenses et me rend vulnérable en exposant lui-même sa vulnérabilité. Je pense c’est ce qui fait un bon livre. Que ses mots soient honnêtes, qu’il y ait une vulnérabilité mutuelle.