gone girl

“What if you woke up one day to find out that I had completely disappeared? What would you do?”

As I asked my friend the question, I visioned the scenario in my head. Somehow, it thrilled me. By disappearing, I did not mean to hurt those who were left behind, or to provoke a search. Nor was it to run away from something. The message was not “Find me”. There was no message. Going missing just for the sake of it.

Then I realized that if we really wanted to vanish – to erase our existence, to fade into oblivion – we could totally do that. But we would need a strong motive that pushes us to that point of extremeness. Because, if not, then who would want to live in utter loneliness? To what extent can we endure an absolutely solitary life – with no occasional concession – or renounce to the need of company, and, ultimately, of existing in someone else’s eyes?

enquête de l’été

J’y suis descendue complètement par hasard, c’est-à-dire je ne l’ai pas cherché. J’étais en train de traverser le pont pour prendre un vélo sur l’autre rive puis rentrer chez moi. Elle avait un nom charmant, cette allée. Je me suis demandé si elle portait une histoire. Pourquoi elle a été nommée ainsi. Peut-être c’était un choix arbitraire, et il n’y avait pas de raison. Même s’il y en avait une, elle ne serait qu’un récit inventé par une poignée d’hommes dotés d’une sorte d’autorité qui leur avait permis d’écrire l’Histoire. Autrement, il n’y aurait pas forcément un lien naturel entre le nom d’un lieu et son caractère géographique/social.

Un panneau d’information était placé à l’entrée de la promenade, comme dans tous les sites publics de cette ville, esquissant un portrait du lieu. Il semblait connaître une grande diversité botanique. Et comme si pour expliciter/persuader le visiteur de cette information, des plaquettes étaient attachées aux balustrades à deux côtés de l’allée, mince bande de terre tracée au milieu du fleuve, indiquant les noms des arbres. J’y ai trouvé presque tous les arbres urbains, au moins ceux que j’avais le plus souvent rencontrés. Frêne. Hêtre. Maronnier. Peuplier (qui apprécie la proximité de l’eau). Érable (j’ai pensé au sirop). Noisettier. Chêne. Tilleul (qui renferme plusieurs variétés dont les feuilles ont des formes différentes). Etc. (je vais y retourner pour une enquête plus minutieuse).

Certaines parties de l’allée étaient plus ombragées, là où le feuillage était plus épais, comme une ombrelle. La plupart des bancs au bois placés à deux côtés de l’allée et tournés vers le fleuve étaient occupés, sauf ceux dont la vue était cachée par les arbres dont les branches touffues s’inclinaient sur l’eau. La balustrade fragile à la peinture écaillée m’invitait à me jeter dans l’eau. J’ai considéré le scénario en une seconde. Et si je le faisais vraiment? Cela m’était égal. Dans cet instant-là, ma vie me semblait tellement légère que rien ne me retenait.

J’ai trouvé un savonnier dans un coin formé par le pied imposant et ornée d’un vieux pont. Il s’agit de l’arbre dont le fruit a la forme d’une capsule qui renferme une graine; dans mon vocabulaire: une lanterne-coeur, puisqu’elle va se rougir en hiver. Nous avions repéré plein de savonniers dans la ville — au Jardin des plantes, à côté du pont Sully — mais celui-là, il était uniquement à moi. J’allais lui confier les mots que je ne pouvais pas te dire, l’abîme que je te cachais, les blessures dont je voulais t’épargner, la tendresse que je souhaiterais te montrer, et la nostalgie que j’anticipais. Il serait mon secret, ma lettre jamais envoyée, notre rendez-vous pas encore donné. Peut-être, un jour, le hasard t’y amènerai aussi.

la fuite

J’utilise un ticket de métro comme marque-page pour le petit roman de Mondiano que je suis en train de lire. Il s’agit d’un “récit d’enquête” – terme utilisé par une amie à moi quand elle me parlait de Mondiano – raconté par plusieurs témoins, dans un langage qui semble si simple et ordinaire, et pourtant chaque mot y est choisi avec beaucoup de justesse. C’est aussi un roman sur Paris, un Paris tel que j’aurais aimé connaître, un Paris qui pourrait très bien être n’importe quelle autre ville, un Paris inscrit dans la mémoire collective de ses habitants de la même manière que les noms des stations de métro. Mais si je dois le décrire en un mot, je dirais: un roman sur la Fuite. Je retrouve dans ce récit ma relation avec les lieux. “Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais”. Cet été, je m’engage moi aussi dans une fuite. J’ai “coupé les ponts”, comme disais Louki, ou Jacqueline, la fugueuse dans le roman. Quand je pense à mes anciens amis, et le fait qu’ils n’ont aucune idée d’où je suis en ce moment, j’ai l’impression de disparaître, d’être effacée de leurs vies. Mes seules traces, ce sont des tickets de métro, qui n’offrent aucune indication géographique ou temporelle sur mes trajets, et surtout, qui ne sont pas nominatifs.

Depuis quelque temps, je suis attirée par l’idée de l’anonymat. Comme rendre les lieux anonymes. Comment ne pas révéler les traces de sa vie. D’abord il faut couper les liens avec des gens, ne plus leur communiquer. Quand l’on cesser d’exister socialement, on n’existera plus du tout, au moins pour les autres. Ensuite, il faut commettre un suicide numérique, ou virtuel, c’est-à-dire s’abstenir de diffuser sa vie personnelle en temps réel pour ne pas se soumettre à la surveillance continue effectuée par la fonction de localisation entre autres. Mais au final, je n’arrive pas à disparaître complètement. Il arrive toujours un moment où je révèle, soir par accident, soit volontairement, quelques détails sur ma vie. Des fois, cela apporte un sentiment de légèreté, d’alléger le fardeau du secret, de ne plus avoir à se cacher et à rester solitaire. Je me demande si au fond, tout fugueur ne souhaite d’être trouvé.

anonymize this place

The performative aspect of map

Every place has a name on the map, i.e. an administrative identity imposed by a top-down process, and related to a historical narrative. This identity, recognized by all, is the public life of a place. Making a place anonymous does not mean disregarding history, but adding a personal dimension to one’s relationship to the geographical space. It’s about creating a private life for a place, which is unique and boundless. A place has multiple private lives, or interpretations. This process of interpretation decenters the “official” version of History whose legitimacy is only a social construct. It’s about histoires (stories, if you want) with a minuscule and in plural. Such is the beauty of the insignificant and the diverse.

– Work in progress –

Part of my project “De nulle part à nulle part : une méthodologie de la flânerie”

summer

The sky is the same

I look up at the sky. It’s the same bright, limpid blue sky that promise of possibilities. It gives me the same overwhelming feeling as its height is emphasized by the tall building made of glasses that draws perfectly parallel vertical lines. Yet it’s not the same sky. How can it be the same now that I’m here and not there anymore? How can I leave that place and still carry its sky with me? Do I only see the sky in memory? I’m here, and yet I’m not here. I’m not there, and yet I’m there.

Sane

I started a new novel and now I’m half way through it. Probably finish it today. It reminds me of The curious incident of the dog in the night-time. The protagonist is a kid with schizophrenia, but it’s not clearly stated in the story because it’s told in first person. Like the dog in the night-time, the mental condition of the main character makes him blamelessly anti-social and brutally honest. But I like his voice. It forces you to have understanding (and not sympathy) of the subject. It’s not your version of the story, but it’s about how they see their world. In that world, it’s not them who are mad. “the only thing I have control over in my entire world is the way I choose to tell this story”, wrote the protagonist. It makes me think about victims of deeply traumatic events. You can’t judge whether they’re telling the truth or not. Because they were affected by what happened, you can’t expect them to provide an objective account of history.

Take it slow, I tell myself. Maybe when I finish all these books, I’ll be healed. Right now, I’ve decided to be in a state of numbness and stasis, that is, stagnating in the present moment, not reminiscing the past, not projecting myself in the future. I can’t participate immediately. Everything here brings back the person that I used to be, and that I didn’t like. Maybe if I hang about on this campus often enough, I’ll finally get attached to it, even though it’s not mine. Feeling familiar, knowing my way around.

Passing 

I feel nervous when I step in this university’s cafeteria for the first time. As if I returned to my first day of being a bachelor’s student, unaware of how it functioned. The sociolinguist Pennycook talks of “passing as a local” in a second language (besides, I find this term more sensible than “foreign language” which denotes a stronger sense of ownership), i.e. making yourself credible to your interlocutor so that they would believe that you actually are a “local” from somewhere else. You don’t need to be fluent in that language. It’s not a matter of authenticity, but of legitimacy and perception. In the end, authenticity may be less about turning inward and being true to oneself, than about putting on a convincing performance to an audience. So every time I feel vulnerable in a new environment, I observe people and, not imitating them, I try to act as if I was a “local”, an insider. I get so self-conscious about it. Of course nobody cares. I guess I do it for myself. I surveil myself before anybody else could. Is that a way of claiming ownership over one’s own image, by subjecting oneself to the imagined gaze of others? Of course, if they ever watch me, it doesn’t matter what they perceive. It’s what I think about their perception of me. Then I wonder if we ever do not perform. Maybe we’re constantly performing to ourself, looking at ourself as if we were somebody else. Anyway, I only want to find the the place to get tap water. And I guess all this can be summed up in one word that is meaningless to me because imprecise and abused in CV: adaptation.

The feeling that it won’t last

The lunch meal in the cafeteria reminds me of the lunches I shared with my classmates last year, in the common room of the information and communication department. That was where we gathered every noon between two 3-hour lectures or seminars to eat, talk, do projects and revise for exams. I recall this because we didn’t have a cafeteria there, and I’m trying to remember the last time I had a lunch meal in the cafeteria of a university that was mine. Last year was the first time that I was constantly surrounded by people and belonged to a group, but then again, none of that lasted longer than the academic year. It was an affiliation born out of convenience and necessity. But can we talk of permanence even when it comes to people with whom we’ve been deeply emotionally involved? Because now my thoughts drift to him, as I think about the novel that I’m reading and how it’s similar to the dog in the night-time one, because I gave him that book last summer. I thought he’d love it because it was peculiar like us, but he never showed me any sign of appreciation. Like with everything else I gave him. I’ve settled on the conclusion that, it’s not that the story is lost, but that there has never been a story. All those years, I was chasing an ideal. How ideas are dangerous. They can kill.

Longest day of the year

I find my shelter on this campus. These days, by “shelter” I mean shelter from the heat. It is nestled in a passage between two blocks, and has benches shadowed by the thin and scattered foliage of some newly-planted trees. Sometimes, a slight breeze flirts with the leaves. I lie down on the bench and look at the sky. Instead of being covered by vertiginous pine trees, my view is invaded by metal-and-glass high-rises. The sky is not the same as I thought. It’s lower and heavier.

People start to come out, so I move inside one of the building nearby where it’s fresh and empty. I crawl into a corner and press my body against the glass wall. People keep talking but their sounds can’t reach me. I’m sheltered from the heat and from human noises. Of course there can’t be absolute silence. There’s the elevator’s ringing sound. The bangs from the slamming door. But I guess it’s the empty space that keeps people away from me. I feel safe in a corner of a very large room that offers no point of reference.